Jeudi 17 Mai 2012

Réactions contrastées à la généralisation de l'interopérabilité par Microsoft

Lundi 25 Février 2008
Des efforts en ce sens avaient déjà été faits via l'accord avec Novell. L'annonce de Microsoft s'inscrit dans la droite ligne des accords signés notamment avec l'éditeur. Elle promet une accélération de « son engagement au service de l'interopérabilité qui va être renforcée de façon significative avec ses produits les plus utilisés » : Windows Vista, la plate-forme .net Windows Server 2008, SQL Server 2008, Exchange Server 2007, Sharepoint Server  2007 et Office 2007.

 

L'inflexion de la stratégie du géant de l'édition se décline selon quatre principes : garantir l'ouverture et l'accès à ces produits, promouvoir la portabilité des données, améliorer le support des standards de l'industrie et favoriser les engagements avec l'industrie, y compris les différentes communautés open source, autour des questions d'interopérabilité et  de standards. Et ce afin d' « améliorer l'ouverture de ses produits, offrir une meilleure interopérabilité et créer des opportunités pour les développeurs, les partenaires, les clients et  même les concurrents » affirme l'éditeur.

Première étape de cette ouverture : la publication sur le site web de l'éditeur des  documentations des API (Application programming interfaces) et protocoles de communication de ses principaux produits. Les développeurs n'auront pas besoin d'avoir une licence ou de payer des royalties pour y accéder. Dès aujourd'hui seront publiées sur MSDN quelque 30 000 pages de documentations sur les protocoles clients et serveurs de Windows qui n'étaient précédemment accessibles que via le Microsoft Work Group Server Protocol Program (WSPP) ou le Microsoft Communication Protocol Program (MCPP). D'autres documentations, comme celles d'Office 2007 et celle des autres produits concernées par l'annonce, seront disponibles dans les mois à venir. Autre annonce autour d'Office : le développement par Microsoft d'API pour les applications d'Office, Word, Excel et PowerPoint pour permettre aux développeurs de connecter des formats de documents additionnels et aux utilisateurs d'utiliser ces formats par défaut pour enregistrer leurs documents.

Microsoft s'est également engagé à ne pas poursuivre les développeurs Open source qui développeraient ou distribueraient librement des logiciels utilisant ces protocoles. Ils pourront gratuitement utiliser ces documentations pour développer des logiciels et les sociétés qui commercialiseraient ces offres pourront obtenir de Microsoft une licence de brevet, moyennant finance à l'instar d'autres éditeurs.

Selon Ray Ozzie, Microsoft chief software architect, cette annonce reflète l'importance croissante de la facilité du partage d'information. « L'hétérogénéité étant la norme dans les architectures d'entreprise, l'intéropérabilité des applications et des services est devenus un pré-requis », constate-t-il. L'éditeur estime surtout que ce changement est inhérent à l'évolution de l'industrie informatique et qu'il s'agit pour Microsoft de se conformer à ses obligations et responsabilités telles que définies dans le jugement de première instance de la Cour Européenne, datant de septembre dernier. Et ainsi de se conformer à la loi européenne.

 

Une excellente nouvelle...

 

Cette décision n'a pas manqué de susciter des réactions, que ce soit pour l'approuver ou estimer qu'elle ne va pas assez loin. L'association française des éditeurs de logiciels (AFDEL), qui rassemble plutôt des éditeurs du monde propriétaire a aussitôt réagi pour se féliciter de cette annonce par la voix de son délégué général Loïc Rivière : « C'est une excellente nouvelle pour les industriels ! Cette volonté d'ouverture s'inscrit en phase avec les attentes du marché et des utilisateurs. Elle confirme l'évolution déjà amorcée par Microsoft, notamment à travers la normalisation d'Openxml dont les industriels attendent qu'elle aboutisse rapidement.

L'interopérabilité est en effet un enjeu crucial du secteur. Tous les industriels vont pouvoir travailler dans l'environnement Microsoft avec d'avantage de visibilité et de prédictibilité. Microsoft sera désormais l'un des environnements les plus ouverts et accessible à tous sur un pied d'égalité.

C'est donc une initiative très positive et même audacieuse de la part de Microsoft, dont nous espérons qu'elle fera des émules. Car il faut désormais espérer que les autres acteurs « structurants » du marché suivent la même voie... »

 

... ou une stratégie d'exclusion ?

 

A contrario, l'April, association qui promeut les logiciels libres, constate que « cette nouvelle stratégie continue d'exclure le monde du Logiciel Libre de l'accès aux formats et aux protocoles des solutions de l'éditeur de Redmond. » L'April reconnaît que l'annonce de Microsoft « marque un virage intéressant dans la stratégie de la société : la reconnaissance que l'interopérabilité est un besoin fondamental pour les utilisateurs de solutions informatiques » mais estime que « malheureusement, cette nouvelle stratégie ne va pas au bout de la démarche et continue d'exclure le monde du Logiciel Libre de l'accès aux formats et aux protocoles utilisés dans les logiciels de Microsoft. En effet, la plupart de ces protocoles sont couverts par des brevets, et les licences de ces brevets ne pourront être obtenues qu'à des conditions dites «raisonnables et non-discriminatoires» (RAND) ». Selon l'April «  Ce type de licence nécessitant rémunération par copie de programme favorise les monopoles au détriment des PME et exclut de fait l'ensemble des développeurs de Logiciels Libres ».

L'April rappelle que « dans le monde du Logiciel Libre, il n'y a pas de distinction entre distribution non-commerciale et distribution commerciale: les développements réalisés par des bénévoles peuvent être vendus par des entreprises, et inversement les développements menés par des entreprises peuvent ensuite être distribués de façon non-commerciale ».

L'April conclut donc que  « les documentations mises à disposition par Microsoft, bien qu'intéressantes sur le plan technique, ne pourront donc très certainement pas être utilisées par la communauté du Logiciel Libre pour améliorer l'interopérabilité avec les solutions de la firme étatsusienne ».

 

Le client aura le dernier mot

 

Autre réaction, moins négative mais néanmoins prudente, du monde Open Source, celle de l'OSA (Open Solution Alliance) association à but non-lucratif ayant pour vocation de favoriser l'interoperabilité, qui annoncé la création d'un chapitre européen il y a quelques semaines. Pour Dominic Sartorio, Président de l'OSA aux US « L'OSA croit que la volonté des clients prend toujours le dessus. Les clients apprécient de travailler dans un climat de transparence et d'ouverture en étroite collaboration avec les interlocuteurs qui produisent et se chargent de la maintenance de leurs produits, que ce soit une communauté de développeurs ou une entreprise. Nous pensons que des fabricants ne travaillant pas de cette façon convergeront vers ce modèle à l'avenir, donc nous accueillons favorablement l'ouverture de Microsoft vers interopérabilité. Nous constatons que ceci représente une reconnaissance tacite que l'Industrie logicielle est en train de changer et que Microsoft essaie d'évoluer et semble favoriser l'ouverture. Mais nous attendrons de voir comment cela se traduit dans les mois à venir. »

 

Lire aussi :

http://www.itchannel.info/articles/74606/position-aful-suite-annonce-microsoft-br-satisfaction-prudente.html

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