Mardi 9 Février 2010
Ares : Où s’arrêtera la chute ?
Mardi 22 Juillet 2008
Au-dela des péripéties des derniers jours, derniers mois voire des dernières années, la cessation de paiement et la mise en redressement judiciaire d'Ares pose la question de l'avenir de ce type de société, positionnée sur des ventes d'infrastructure et du modèle économique qu'elles peuvent, ou doivent, adopter pour tirer leur épingle du jeu.

 

Hier Ares a donc annoncé d'une part la finalisation des cessions de l'essentiel de ses activités infrastructures à SCC en Ile de France et Cheops Technology dans la plupart des régions, d'autre part, le dépôt d'une déclaration de cessation de paiement le 18 juillet 2008. Celle-ci s'est traduite par la mise en redressement judiciaire de la société par jugement du tribunal de commerce d'Evry du 21 juillet, jugement qui a ouvert une période d'observation de six mois que la société compte mettre à profit pour mettre en place un plan de continuation sur le pôle services (plus de 1 300 salariés et environ 100 M€ de chiffre d'affaires).

Ce redressement judiciaire est la conséquence des résultats désastreux annoncés la semaine dernière, près de 30 M€ de pertes nettes pour un chiffre d'affaires en baisse, qui succédait à deux autres exercices lourdement déficitaires (près de 5 M€ de pertes sur l'exercice 2005/2006, plus de 12 M€ sur l'exercice 2006/2007).

Sur le premier point, Ares a finalisé vendredi 18 juillet 2008 (avec une date de transfert au 21 juillet 2008) avec la société SCC, la cession de ses activités de vente d'infrastructures sur la région Ile de France, comprenant également les sociétés DCV Informatique et Sélectis. Cette cession concerne 125 salariés et un chiffre d'affaires de l'ordre de 100 M€.

Ares a également finalisé avec la société Cheops Technology la cession de ses activités de vente d'infrastructures sur les régions Centre, Est, Méditerranée, Languedoc, Lorraine, Nord, Normandie, Ouest et Rhônes-Alpes/Auvergne. Cette cession concerne 237 salariés et un chiffre d'affaires de 65 M€.

Ares est également en passe de céder son pôle financement Databail (42 M€ de CA, 16 salariés) à Econocom,  et son activité infrastructures dans le Sud Ouest (20 M€, 40 salariés) à CIS Aquitaine Valley. Et a cédé il y a quelques mois son activité d'édition de logiciels Arcole.

 

Chronique d'un désastre annoncé ?

La stratégie menée depuis deux ans par Michel Berjamin, qui avait succédé à Maurice Bourlier en 2006, s'avère donc être un échec, qui a sans doute plusieurs causes, conjoncturelles et structurelles.

S'agissant des causes conjoncturelles, le cas d'Ares est emblématique : la société fondée par Maurice Bourlier en 1986 a subi de plein fouet le changement de modèle de certains constructeurs, qui ont repris en direct une partie parfois non négligeable de leurs ventes. Face à la concurrence de Dell, HP ou IBM, les dirigeants ont en effet opté pour une approche mixte qui a privé ses revendeurs d'une partie parfois non négligeable de leur activité. C'est aussi la fin d'un modèle où les marges sur les ventes de matériel couvraient le coût des services associés à la vente de matériel, comme l'installation. La baisse des prix et parallèlement des marges ont rendu ce modèle non viable. Peu avant son départ, en 2006, Maurice Bourlier indiquait que la marge sur la vente d'un PC à moins de 500 € était de 8 € : marge sur laquelle l'intégrateur était censé assurer l'installation... Désormais, ces prestations annexes peuvent et doivent être facturées.

Le métier change, les concentrations se poursuivent mais l'émergence de sociétés comme celles à qui Ares a vendu certaines de ses activités est plutôt rassurante: Inmac Wstore qui a racheté l'activité de vente de PC d'Ares fin 2006, en dépit d'un récent plan social, SCC, Cheops ou SIS, qui se partagent désormais les activités infrastructures d'Ares, s'en sortent plutôt bien. C'est aussi le cas d'Overlap qui a racheté MIBS en 2007, cette dernière société, important partenaire HP, étant également dans une situation périlleuse.

Quant aux causes structurelles, analysées a posteriori, elles peuvent être multiples : une situation financière déjà catastrophique au moment de la reprise de la société par la nouvelle équipe dirigeante, qui a donc du procéder à des cessions d'activités dans la précipitation et donc pas au meilleur prix, des restructurations onéreuses et douloureuses, plan social et plan d'économies diverses destinées à imposer un modèle « low cost », la volonté de développer simultanément les activités infrastructures, en rachetant par exemple l'an dernier Adequat et Databail, la partie réseau, mobilité, sécurité, en rachetant Selectis, les activités autour des logiciels, en renforçant l'intégration logicielle tout en cédant l'activité d'édition pure et développement, et les services, le marque d'indicateurs de performances, mis en place très récemment. Le tout en recapitalisant de 5 M€ en 2006 puis de 10 M€ en 2007...

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