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Yves de Talhouët, Pdg d’HP France Cette restructuration est destinée à sécuriser l’avenir d’HP
Dimanche 28 Septembre 2008
En mai dernier, HP a racheté la société de services texane EDS fondée par Ross Perot pour 13,9 milliards de dollars. La transaction a été finalisée le 26 août et le 15 septembre Mark Hurd a annoncé son plan stratégique à trois ans portant sur une réduction de 24600 emplois dont la moitié aux Etats-Unis. Yves de Talhouët, Pdg de HP France explique ce plan et le resitue dans l'évolution des technologies de l'information (NDLR : cette interview a été réalisée avant la réunion du CE européen et l'annonce de la réduction du nombre de postes sur le Vieux Continent fixée à 9300). Alors que le coût du matériel baisse en permanence et celui des logiciels restent stables, celui de l'administration des données et des services s'envole. De leur côté, les entreprises consolident leurs data centers. N'est-on pas à une période charnière où l'on passerait d'une informatique encore relativement artisanale à une informatique fortement industrialisée et automatisée. Et cette transition ne s'effectue-elle pas de façon plus rapide que ce que l'on pense ? Yves de Talhouët : il y a effectivement une nette tendance vers une industrialisation de l'informatique qui va diminuer les coûts d'intervention, standardiser les unités d'œuvre, augmenter la qualité, basculer une industrie de process... Par ailleurs, cette évolution ne concerne pas seulement les matériels et l'infrastructure, mais aussi les applications avec une industrialisation de la production et de l'administration du logiciel. Mais c'est là une évolution assez naturelle d'un secteur industriel. Tout cela est en cours, mais l'autre évolution concerne l'élargissement des champs d'intervention de l'informatique dans les activités de l'entreprise, mais aussi dans la société toute entière. Appliquée à l'infrastructure, qui est notre périmètre d'intervention, cette évolution concerne d'abord la manière de fabriquer les serveurs qui sont hautement standardisées tant au niveau des composants matériels que des logiciels de mise en œuvre et de supervision. Cela s'applique aussi à l'externalisation qui est aujourd'hui une activité sur laquelle s'appliquent de plus en plus des processus industriels et une capacité à corréler les tâches entre elles. Prenons l'exemple concret des logiciels que l'on commercialise et qui ont pour objet de constituer le poste de pilotage de l'informatique. Au cœur de ce dispositif, il y a une base de données qui permet de stocker tous les composants du système d'information avec leurs caractéristiques. Cette base permet de reconstituer les processus de reconfiguration du système, de prendre en compte de nouveaux services... On a vendu cet outil à l'un de nos très grands clients en France qui voulait l'utiliser pour la gestion de nouveaux services. Il a fait un test sur un nouveau service qu'il voulait mettre en œuvre en mettant en concurrence cet outil et son meilleur expert. Sur l'ensemble des tests à réaliser, l'expert se trompait dans 30% des cas alors que l'outil ne commettait aucune erreur. Tous les segments de l'informatique sont désormais très concentrés. Sur le matériel et le logiciel, quatre ou cinq acteurs ont une position dominante. Le segment des services reste encore relativement fragmenté. IBM y possède 10% devant HP/EDS qui en détient 7%. Tout ce que vous venez d'évoquer ne va-t-il pas accélérer la consolidation de l'industrie du service ?
Yves de Talhouët : Il y a clairement des activités de service qui vont suivre cette tendance. Notre conviction est que l'externalisation d'infrastructure a besoin de beaucoup de technologies pour proposer de la valeur à ses clients et va donc favoriser l'émergence de grands acteurs. Dans le domaine applicatif, je ne serais pas aussi catégorique. Il y aura certes des domaines avec de grands fournisseurs, mais il y aura toujours une sorte de pompe à innovation qui fera émerger de nouveaux acteurs qui échapperont à cette logique. Le phénomène Google est-il encore possible ? Y.-d.-T : Ca fait 30 ans que je suis dans ce secteur et j'ai souvent entendu ce discours disant qu'il n'y avait plus rien à trouver alors que tous les 5 ans des innovations majeures arrivent. Il ne faut pas sous-estimer la capacité de cette industrie à faire naître de nouvelles générations de technologies qui permettent de faire émerger des fournisseurs de grande taille. C'est ce qui fait l'intérêt de ce secteur. Revenons au rachat d'EDS par HP. Avant d'aborder la phase de la mise en œuvre de la restructuration dans laquelle vous entrez, pouvez-vous rappeler les grands objectifs de cette acquisition ? Y.-d.-T : Rappelons que la clôture de la transaction est intervenue le 26 août, c'est donc tout récent. Et le 15 septembre, Mark Hurd a annoncé le plan de restructuration. Rappelons qu'HP est très concentré sur les aspects infrastructure. Dans ce domaine, HP a besoin de développer sa capacité à accompagner ses clients dans les énormes transformations qui les attendent, tant en matière de projet - qui est inclut dans le BPO ou Business Process Transformation - qu'au niveau de la gestoin de leur informatique via l'externalisation. Ces activités représentent les deux tiers de l'activité d'EDS. La troisième activité d'EDS, celle de l'applicatif est assez nouvelle pour HP. Or il se trouve que chez de nombreux clients, il y a une forte adhérence entre l'infrastructure et l'applicatif. Dans ce cas, il est donc assez opportun de leur proposer de prendre en charge la gestion de ces applicatifs. La compréhension de ces applicatifs et de leurs fonctionnements est devenu un impératif. J'ai par exemple besoin de comprendre comment l'AH-HP va développer son dossier patient pour gérer au mieux l'infrastructure de son système d'information. Sans pour autant entrer dans l'aspect métier de cette application. EDS va nous apporter une très forte expertise dans ce domaine. Sur le plan géographique, EDS est très concentré sur les Etats-Unis et la Grande-Bretagne qui représentent environ 80% de son chiffre d'affaires. C'est donc là qu'une grande partie des réductions de postes vont porter. Pour ce qui concerne les pays, il n'est pas encore possible de donner des indications car l'analyse est faite par fonction et non par pays. L'idée étant de vouloir automatiser un certain nombre de ces fonctions ou les déployer dans des pays à moindre coût car de nombreuses tâches en informatique peuvent désormais se faire à distance. EDS était moins avancé dans cette évolution ? Y.-d.-T : Oui, sans aucun doute. Le rachat d'EDS va donc permettre d'accélérer ce qui avait commencé à être mis en œuvre. Mais, EDS possède une expertise fabuleuse, il ne faut pas oublier que c'est elle qui a inventé l'externalisation dans les années 80. C'est cette entreprise qui a signé les premiers contrats d'outsourcing. Il restait néanmoins des progrès à faire au niveau de la marge opérationnelle par rapport à la concurrence, même si des progrès importants ont été réalisés ces dernières années. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans un métier extrêmement concurrentiel. HP a-t-il IBM comme exemple à suivre pour se développer dans le domaine des services ? Y.-d.-T : Les deux modèles sont très différents. D'abord nous pensons que l'innovation et les technologies sont au cœur de notre proposition de valeur. C'est là un axiome de départ essentiel. Deuxième axiome, l'industrialisation que connaît l'informatique appliquée aux zones qui sont ciblées par nos technologies (en gros l'infrastructure) induit un modèle de services radicalement différent de ce que propose la majorité des acteurs dont IBM. Ce modèle se traduit de deux manières. D'abord, une automatisation très élevée de l'ensemble de nos processus. Ensuite, un degré de massification élevé selon lequel on peut regrouper une masse critique d'expertise. Cette organisation est génératrice de valeur par un échange très fructueux entre les experts et par une courbe d'apprentissage beaucoup plus rapide. Si en plus vous y ajouter l'effet bas coûts des pays émergents, vous cumuler plusieurs effets positifs. La largeur de portefeuille et une grande couverture géographique permet donc d'avoir une masse critique dans tous les domaines et de les organiser de manière optimale. Dit d'une manière plus simple - voire simpliste - en quoi commercialiser des PC (que vous ne fabriquez plus) vous donne-t-il un avantage concurrentiel pour offrir des services ? Y.-d.-T : Il faut remonter toute la chaîne de valeur. Concevoir et fabriquer nos serveurs nous donne une expertise importante en développement des couches logicielles qui permettent d'optimiser leur exploitation. D'où un premier bénéfice en terme de services qui, soit dit en passant, aide aussi nos concurrents comme Capgemini ou Atos et leur apporte les même avantages. Ensuite, HP est numéro Un des serveurs en unités. C'est aussi le numéro Un des PC. Or il se trouve que 60 % des composants des serveurs d'entrée de gamme et des PC sont identiques. Notre position sur ces domaines nous donne un avantage énorme en matière de coûts et d'approvisionnement vis-à-vis de nos fournisseurs de composants. Le PC nous apporte un autre avantage important. Depuis 3 à 5 ans, on a assisté à un retournement de l'innovation qui était auparavant tirée par les usages dans l'entreprise et qui l'est aujourd'hui à la maison. Notre présence sur le marché des particuliers nous donne donc un avantage très important. C'est par exemple ce qui nous permis de développer le Touchsmart. Pouvez-vous donner le calendrier de mise en œuvre de la restructuration ? Maximisation de la valeur pour les actionnaires et suppression de 24 600 postes, n'est-ce pas là un message bien difficile à vendre, d'autant qu'il y a 3 ans seulement quelque 15 000 emplois ont déjà été supprimés ? Y.-d.-T : C'est le client qui commande et pas l'actionnaire. Je serais ravi de conserver l'ensemble des emplois si nos clients étaient prêts à ne pas acheter chez IBM, Sun ou Dell et à acheter nos produits 15% plus chers. Nos clients - entreprises ou particuliers - exigent en permanence des efforts de leur fournisseur pour se procurer les meilleurs produits au meilleur prix, c'est aussi simple que ça. Et la même logique s'applique à nos clients entreprises. D'où la nécessité d'un processus continu d'amélioration de l'efficacité. C'est une loi implacable dont on ne peut se soustraire, HP le premier. Si l'on pouvait s'éviter ce type de mesures, évidemment on le ferait. Dit d'une manière brutale, soit on prend cette mesure, soit c'est toute l'entreprise qui est en danger et donc l'ensemble de ses salariés.
Pour ce qui concerne le calendrier, un Comité d'Entreprise européen se réunit le 24 et 25 septembre et donnera des indications sur le nombre de suppression de postes en Europe. Ensuite, les CE locaux se réuniront vraisemblablement mi octobre. Aujourd'hui, je n'ai que des ordres de grandeur d'efforts à faire par rapport aux tailles respectives de nos activités : EDS France c'est 2050 salariés et 350 M€ de chiffre d'affaires et HP France c'est environ 4600 salariés (on ne communique pas le chiffre d'affaires des filiales). Combien de temps ça va prendre ? Tout dépend évidemment du dialogue avec les partenaires sociaux. Mon souhait est évidemment que ces opérations de restructuration se fassent le plus rapidement possible et qu'on puisse le faire uniquement sur le périmètre qui est concerné par le manque de compétitivité afin de perturber le moins possible le fonctionnement du reste de l'entreprise, à la fois en termes psychologique et d'organisation. D'un point pratique, on a mis un comité de pilotage comportant 14 personnes - 7 chez HP et 7 chez EDS - plus deux leaders, Arnaud Bienaymé pour EDS et Fabienne Bollendorff, chez HP et chapeauté par Eric Leveugle, responsable de l'activité outsourcing chez HP, et responsable de EDS. Ce comité va prendre en charge les différents chantiers que requiert cette restructuration en France. Maintenant, pour ce qui est du toujours plus. Il faut se souvenir que HP, après le départ de Carly Fiorina, n'était pas dans une excellente situation ce qui a nécessité une premier action de restructuration. Je sais que ça choque en France lorsqu'une entreprise fait des profits et qu'elle licencie. Mais il faut se rendre qu'une entreprise de 330 000 salariés ne se pilote pas au jour le jour. Aujourd'hui, il ne faut pas oublier que ce plan est à horizon de trois ans. Ce n'est donc pas la situation d'HP aujourd'hui qu'il faut regarder, mais ce que ce que devra être l'entreprise dans trois ans pour être à un niveau optimal en termes de coûts, de compétences... Nous avons évidemment l'obligation d'offrir le meilleur accompagnement aux salariés qui seront touchés par ces mesures. Dans un autre ordre d'idée, vous venez de fermer quelques agences en France. Quelles en sont les raisons ? Y.-d.-T : Nous avons effectivement un projet de fermeture de cinq agences. Trois vont être supprimées parce qu'elles n'ont pas la taille critique. Deux autres agences - un peu grosses - et seront rattachées à des plus entités plus importantes. L'agence de Bordeaux par exemple sera regroupée avec celle de Toulouse. Sur les 70 personnes concernées, 55 sont considérées comme travailleurs mobiles (commerciaux, technicien de maintenance). Pour eux, le rattachement à une autre agence ne va pas changer fondamentalement leur organisation.
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