Lundi 21 Mai 2012

Financement, encours, crédit : la crise complique la situation des entreprises

Mardi 7 Avril 2009

La conjoncture économique pousse les établissements financiers à restreindre les conditions de crédit. Ces mesures mettent en danger toutes les entreprises, surtout les plus petites. Les professionnels du secteur IT et les pouvoirs publics se mobilisent pour éviter des faillites en chaîne.

Si globalement, les entreprises du marché high-tech sont un peu moins touchées par la crise économique que dans d’autres secteurs (comme l’automobile ou le bâtiment), la situation n’est cependant guère réjouissante.  A tel point que de nombreuses structures, notamment les plus petites sont menacées de redressement judiciaire voir de faillite : « la situation s’est brutalement dégradée à partir de septembre 2008. Ce sont d’abord les grandes sociétés qui ont été touchées et aujourd’hui, c’est au tour des petites entreprises qui connaissent une forte baisse de leur fond de roulement » explique Jean-Pierre Gilet, Directeur Commercial  de Factobail, le spécialiste de l’affacturage pour les entreprises technologiques. 

20090406_34Selon Thierry Asmar, Président du Directoire d’Altarès, le dépôt de bilan des entreprises faisant plus de 5 millions d’euros de chiffre d’affaires a progressé de 60%  sur les deux premiers mois de l’année 2009. Beaucoup de sociétés sont aujourd’hui fragilisées non seulement à cause d’une baisse de leur activité mais aussi plus globalement en raison d’une chute brutale de leur moyen de financement. Encours et autres crédits se réduisent de façon drastique voire dans certains cas, pour les plus petites entreprises, sont ramenés à zéro. Ce qui pose un vrai problème pour tous les professionnels du secteur.

 

L’avis des revendeurs

Mais le discours passe assez mal chez les revendeurs dont certains voient leurs encours diminués par deux voire même supprimés sans en avoir été avertis préalablement. Bruno Maître, Directeur Crédits Factobail tente de désamorcer la polémique : « quand une entreprise voit son chiffre d’affaire baisser de 20% et qu’elle a toujours les mêmes frais fixes, il est compréhensible que les assureurs-crédits ne veulent plus la financer ». Les banques dont la frilosité a été maintes fois pointée du doigt et qui sont les premiers financeurs des petites entreprises sont aussi dans le collimateur de leurs clients.

Selon, une étude réalisée par la CGPME, KPMG et l’Ifop, 59% des entreprises interrogées estiment que du fait de la crise, les banques durcissent leurs conditions de financement et 53% déclarent qu’elles ont demandé des garanties supplémentaires comme par exemple des apports de fonds propres. Pour Thierry Asmar, il ne faut cependant pas rejeter toutes les fautes sur les organismes financiers : « beaucoup d’entreprises et surtout les petites ne savent pas mesurer les risques. Elles naviguent à vue et n’anticipent pas. Il faut savoir qu’une faillite sur quatre est due non pas à des baisses d’activité mais  à des retards de paiement ». Des propos partagés par beaucoup d’organismes financiers qui déplorent la mauvaise qualité de certains dossiers de crédit « où ne figurent pas de plan de reprise ni de gestion d’actifs ».

 

Les perspectives pour 2009

Mais comme les perspectives sont plutôt sombres, « cela va même être encore plus difficile au deuxième semestre 2009 » prédit Sandrine Bourgogne de la CGPMEL, les pouvoirs publics ont été obligés d’intervenir. D’abord en nommant un médiateur du crédit aux Entreprises, René Ricol, dont la mission est de « ne laisser aucune entreprise, et notamment aucune PME, seule quand elle est confrontée à un problème de trésorerie ou de financement ». Pour l’aider dans sa tâche, René Ricol s’est vu adjoindre des médiateurs départementaux ainsi que des tiers de confiance issus des organisations professionnelles (CGPME, Chambres de commerce…).

Selon les chiffres que vient de publier le Ministère de l’Economie et des Finances, 7 161 entreprises ont saisi le médiateur du crédit en six mois. Les encours de crédit traités en médiation sont inférieurs à 50 000 euros dans 61% des cas. Dans 21% des cas ils sont compris entre 50 000 et 150000 euros et dans 7% des cas supérieurs à 500000 euros.  Mais comme beaucoup d’entreprises ne connaissent pas la médiation ou ne sont pas éligibles, Bercy a également institué le CAP (le Complément d’Assurance-crédit public). C’est un dispositif qui permet de doubler la garantie accordée par les assureurs crédits aux fournisseurs assurés sur certains de leurs acheteurs. Opérationnel depuis décembre 2008, ce système prévoit que l’Etat accorde sa garantie à la Caisse centrale de réassurance qui se voit transférer par l’assureur-crédit les risques portant sur les PME et les entreprises de taille intermédiaire que les assureurs-crédit ne veulent plus couvrir.

Si le Ministère de l’économie et des Finances n’a pas encore fait de bilan sur le CAP, on peut déjà dire que ce dispositif n’est pas le remède idéal. D’abord car son tarif est supérieur au tarif moyen de l’assurance-crédit et surtout parce qu’il ne concerne pas les entreprises qui n’ont plus ou pas d’encours, soit la plupart des TPE et un certain nombre de petites entreprises. Alors la situation est elle irrémédiable pour cette catégorie d’entreprises ? Heureusement, non. Il existe encore d’autres dispositifs pour éviter aux revendeurs de mettre la clé sous la porte. Comme ceux qui sont pris par le syndicat des grossistes (voir interview de René-Luc Caillaud) pour aider les petites structures.

20090406_38Les grands fournisseurs comme HP, IBM et Microsoft sont également très actifs pour soutenir le channel. « Nous avons maintenu les encours que nous avions chez nos partenaires et grossistes soit plusieurs centaines de millions d’euros par an » assure Béatrice Kosowski, Directrice d’IBM Global Financing France.  Quoiqu’il en soit, si trouver des financements va rester difficile dans les prochains mois, tous les acteurs du marché sont convaincus que la situation doit se débloquer au plus vite afin d’éviter la dégringolade du secteur IT .

Source : Magazine Tendances IT numéro 18
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