Francis Meston, Pdg EDS France
Créer une zone Offshore pour le pourtour méditerranéen

Publié le Mardi 09 Octobre 2007

 

20071009interviewlogo.jpgEDS vient de proposer à 12 000 salariés américains de plus de 50 ans de partir en préretraite. Cette stratégie s'inscrit dans un plan de déplacement des ressources vers les zones offshore. De son côté, la filiale française a lancé au début 2007 un programme de recrutement de 600 personnes et mis en place une plate-forme de ressources au Maroc qui compte 60 personnes et devrait atteindre 700 personnes en 2010. Francis Meston, Pdg d'EDS France fait le point sur l'évolution de la filiale française. Propos recueillis par Guy Hervier.

 

 

EDS vient d'annoncer un plan proposant à quelque 12 000 salariés américains de plus de 50 ans de partir en préretraite. Sachant que 50 ans dans le monde du travail aux Etats-Unis c'est très jeune. Ce plan serait justifié par des résultats en deçà des prévisions au deuxième trimestre 2007. Cela ne donne-t-il pas l'impression que l'emploi est la variable d'ajustement des difficultés économiques ?

Francis Meston : Nous avons effectivement annoncé un plan de départ en préretraite pour les salariés de plus de 50 ans qui est ouvert à 12 000 personnes. Mais ce plan est basé uniquement sur le volontariat. D'expérience, car ce n'est pas la première fois que nous réalisons ce type d'opérations, seulement 20 % des salariés devraient se déclarer intéressés. C'est juste une option que nous proposons. Par ailleurs, il n'y a pas de lien avec les résultats du deuxième trimestre 2007 qui s'est soldé par un chiffre d'affaires de 5,45 milliards de dollars en croissance de 5 % par rapport au deuxième trimestre 2006. Et les prévisions pour les 3e et 4e trimestre sont plutôt bonnes.

 

Quel est alors l'objectif d'une telle décision ?

F.M. : Cette opération s'intègre dans un plan global de déplacement de nos ressources que nous souhaitons accélérer. EDS possède aujourd'hui 40 000 personnes en offshore dont 25 000 en Inde (contre 3 000 il y a trois ans), le reste étant réparti dans les Pays de l'Est, au Brésil et en Argentine, en Chine, en Malaisie...

 

C'est un mouvement massif et rapide. Quelles sont les principales raisons de ces changements ?

20071009interview1.jpgF.M. : C'est un mouvement excessivement rapide. Il y a 5 ans quand je suis arrivé à EDS France, on ne parlait quasiment pas d'offshore. Aujourd'hui, c'est un thème majeur. Les entreprises qui font largement appel à l'Inde sont prioritairement anglo-saxonnes. Pourquoi l'Inde ? Trois raisons : les coûts, la main d'œuvre est de très bonne qualité et la culture y est assez proche.   

Il faut se souvenir que les besoins des entreprises en systèmes informatiques liés aux usages - toutes composantes confondues : serveurs, stockage,  réseau, maintenance applicative... - croissent de 20 à 25 % par an. Or les entreprises ne peuvent pas se permettre une évolution des coûts dans les mêmes proportions. Ce qui donne naissance à une course quasiment sans fin à la réduction des coûts. En trois ans, notre métier est devenu global. D'où ce développement Offshore qui apporte une réponse.

 

EDS France utilise-t-il ce réservoir de ressources en Inde ?

F.M. : L'offshore fait désormais partie du paysage. En Inde, l'offshore est une opération compliquée pour nous Français Il faut changer ses méthodes de travail, les industrialiser, mettre en place des processus. C'est aussi une transformation importante qui a de nombreux bénéfices : on est obligé de rationaliser, de documenter, de formaliser. Quand  on y ajoute d'autres difficultés liées à la langue, à la culture, à l'éloignement géographique, cela devient très compliqué et ne permet pas la réduction de coûts espérés. D'où l'idée de notre stratégie Best Shore dont le premier élément est la création d'une plate-forme basée au Maroc qui compte aujourd'hui plus de 60 personnes.

 

Quelle est l'histoire et l'organisation de ce centre ?

F.M. : En juillet 2006, j'ai exposé ce plan lors de la présentation de la stratégie d'EDS France à l'équipe dirigeante de la Corp en expliquant que l'Inde ne pouvait pas répondre à tous les besoins. J'ai expliqué l'intérêt de créer un centre d'expertise pour les pays francophones pouvant bénéficier de l'ensemble des ressources d'EDS. Mike Jordan, le CEO de l'époque, a été extrêmement réceptif et nous avons pu lancer rapidement le projet. Cela s'explique notamment par le fait qu'il a une très grande expérience internationale. Le budget de l'investissement réalisé par la Corp est compris entre 5 et 10 M€. Nous avons créé une joint venture avec la Caisse de Dépôt et de Gestion (51 % pour EDS et 49 % pour la CDG), une des institutions marocaines les plus respectées. Ce qui a inspiré une grande confiance et permis d'avancer rapidement. Cette organisation est directement rattachée à EDS France.

 

Nous avons commencé par réaliser l'outsourcing de la CDG en récupérant 25 personnes de bon niveau de cette structure. Le DSI de la CDG est aujourd'hui le direction des opérations de la joint-venture. Nous venons de signer avec Safabourse, une société de courtage filiale de la CDG. L'objectif est de faire ce que l'on appelle dans notre jargon du Go-To-Market c'est-à-dire de développer l'activité hors du Maroc dans des proportions importantes, d'au moins 70 %. Nous utilisons déjà cette plate-forme pour certains de nos clients français.

 

Quels sont les prévisions de développement ?

F.M. : Nous visons 700 personnes à l'horizon 2010. La création de cette organisation marocaine pourrait être l'un des éléments d'une plate-forme de développement pour la zone méditerranéenne. Je n'exclus pas l'idée de développer des compétences en espagnol et même en anglais (les marocains ont un très bon niveau en anglais).

 

Le plan d'embauche d'EDS France que vous aviez annoncé au début de l'année avance-t-il conformément  aux prévisions ?

20071009interview2.jpgF.M. : Sur les 600 personnes que nous avions prévues d'embaucher, 300 ont été réellement engagées . Embaucher des informaticiens est devenu très difficile et c'est général. Le Syntec s'est d'ailleurs saisi de ce problème. Par ailleurs, nos clients embauchent aussi des informaticiens, y compris dans nos sociétés.

La demande des entreprises à laquelle nous répondons est double, la maintenance de l'existant (gestion de l'infrastructure, maintenance applicative...) qui consomme grosso modo 70 % du budget de la DSI et les projets qui utilisent le reste. Ces deux domaines ont leur propre logique. La première vise à une réduction des coûts et passe par l'automatisation, la standardisation, l'industrialisation alors que la seconde a pour objectif de développer l'activité de l'entreprise. La proposition de valeur d'EDS est de réduire les 70 % du budget affectés aux activités récurrentes afin de dégager plus de ressources aux développements de nouvelles applications avec comme objectif final d'améliorer la performance de l'entreprise.

Certaines entreprises qui affectent 90 % à la maintenance de l'existant nous approchent en nous demandant de réduire les coûts et en nous demandant de leur proposer des projets. Je pense que ces cas vont ce développer, tout simplement en raison du développement du SI dans l'entreprise.

 

Vous êtes présent dans le BPO. Combien cette activité représente dans le chiffre d'affaires de l'entreprise ?

F.M. : En France nous faisons très peu de BPO. Au niveau mondial, cette activité représente environ 3 milliards de dollars sur un chiffre d'affaires de 21 milliards avec une spécialisation dans le CRM (les centres d'appel), les ressources humaines (paie, gestion administrative...) et la finance.

 

Vous êtes un partenaire important de SAP. Comment analysez-vous le rapprochement avec Business Objects ?

F.M. : Ce rapprochement correspond à une démarche que nos observons chez nos clients. La plupart d'entre eux sont désormais organisés autour d'un (ou plusieurs) ERP qui stockent les données de l'entreprise. Ils ont désormais besoin d'intelligence pour analyser ces données. L'approche « best of breed », qui permet aux entreprises de choisir les meilleures briques de base, est de plus en plus difficile car les systèmes sont devenus extrêmement complexes. Pour ce qui nous concerne, cela devrait nous permettre de proposer de nouveaux services à nos clients SAP et BO.

 

Vous êtes plutôt présent dans les grands comptes. Comment se répartit votre clientèle ?

F.M. : C'est assez concentré. Avec 12 et 15 clients, EDS France réalise environ 60 % de son chiffre d'affaires.

 

 


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