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La dépendance : vers une réforme du système de santé ? - Par Aurore Beaume, consultante senior au sein du cabinet Erdyn
Jeudi 24 Mai 2012
La dépendance est au cœur des discussions concernant notre système de santé. Nous vieillissons toujours plus nombreux, parfois loin de nos familles. Bien que les offres de soin nous permettent de vivre mieux, de nouvelles pathologies doivent être prises en charge (comme les maladies neurodégénératives, au premier rang desquelles la maladie d’Alzheimer). Toutefois, des signaux faibles laissent entendre que l’offre de soin et d’accompagnement se raréfie. Les questions de santé se jugent désormais au regard des dépenses colossales qu’elles engendrent pour l’Etat. Si le taux de prise en charge en France est de l’ordre de la moyenne européenne (1.4% du PIB contre 1.2% en moyenne), l’effet démographique et l’arrivée des baby boomers à l’âge de la retraite est là pour nous rappeler la nécessité de traiter du sujet de la dépendance, de manière systémique, pour préparer l’avenir de notre société.
Dépendance ou Autonomie : une question de vocabulaire
La définition de la dépendance en France repose principalement sur le critère de l’âge. Elle désigne de manière spécifique la perte d’autonomie des personnes âgées, et en particulier de leur faculté à décider ce qui est bon pour eux. Elle n’intègre pas les situations de handicap, survenant à tout moment de l’existence, malgré de nombreuses demandes d’associations pour l’abandon de la distinction. Entre les seniors (50-75 ans), le troisième âge (75-85 ans) et le grand âge (85 ans et au-delà), la définition française s’articule donc avec les spécialités de gériatrie et gérontologie (étude du vieillissement).
Cette définition a finalement peu d’équivalent au niveau international : les définitions se basent rarement sur le côté négatif, mais plutôt sur des connotations positives (maintien de l’autonomie), ou bien sur l’approche par les services proposés aux personnes comme la notion de soin aux personnes âgées, soin de longue durée. Ainsi, si les Italiens se rapprochent de nous en parlant de non-autosufficienza, les Japonais parlent quant à eux d’Amae (autonomie). On trouvera par ailleurs en Suède, au Royaume Uni, aux Pays Bas et aux USA, des notions basées sur le soin.
La formulation positive de la question paraît donc essentielle et permet à chacun de se sentir concerné et de remettre au centre du débat l’individu et ses capacités.
La dépendance : le fondement de toute relation sociale
Lorsque nous parlons de dépendance, nous voyons la personne incapable de réaliser des actions du quotidien. Mais dans un sens, nous sommes tous dépendants : la dépendance entre individus est le fondement de toute relation sociale ou solidaire. Cette interdépendance n’est par ailleurs pas considérée de manière si négative à d’autres moments de notre existence, comme le montrent les exemples suivants : le nourrisson et ses parents, les parents et leur garde d’enfants, dont ils dépendent pour pouvoir mener leur activité professionnelle, le patient et son équipe de soignants, etc. Que ce soit à titre gracieux ou payant, par solidarité ou par relation de service, nous sommes en société en permanente relation de dépendance.
Ainsi, ce constat permet véritablement de traiter la question du maintien de l’autonomie comme une question d’avenir de notre société plus que comme une charge.
Des initiatives pour répondre aux défis techniques et organisationnels
Aujourd’hui, en France, la réforme du système de prise en charge de la dépendance, qui était à l’agenda de ces derniers mois, a pris du retard et est mise entre parenthèses. Pour autant, de nombreuses initiatives anticipent et tentent de développer des solutions. Certains développent et mettent en œuvre montres, robots, systèmes communicants, comme l’a fait le groupe Legrand en rachetant en 2011 Intervox systems qui propose des terminaux de téléassistance. Par ailleurs, l’Etat et les collectivités ont mis en place des initiatives permettant de tester et expérimenter sur le terrain certaines solutions ; c’est le cas des appels à projets TecSan (Technologies pour la Santé et l’autonomie) de l’ANR mais aussi EXAPAD (Expérimentations et évaluations de solutions en faveur de l’autonomie des personnes âgées à domicile) de la Mairie de Paris, entre autres.
Les principaux enjeux du développement et déploiement de ces solutions sont désormais moins techniques qu’organisationnels : rendre robustes, efficaces et interopérables les solutions mais aussi et surtout faire accepter les dispositifs aux personnes, aux familles, aux soignants, aux services d’urgence.
Des actions peu engagées sur les défis financiers et systémiques
Pour autant peu d’acteurs majeurs potentiellement concernés investissent massivement dans des solutions : que ce soient les géants de la communication, les assurances, mutuelles ou opérateurs de soins, ils observent et préparent le terrain, en attendant l’identification d’un financeur et la mise en place d’un système organisé.
Deux défis majeurs sont donc à relever : faire la preuve de faisabilité économique d’une solution, mais aussi déplacer les responsabilités et les consciences individuelles sur le sujet pour organiser ainsi un nouveau système de prise en charge.
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