Mercredi 22 Novembre 2017

Mobilité des salariés : une notion encore mal cernée et mal gérée par les entreprises

Mercredi 30 Novembre 2016
Le Forum Vies Mobiles a voulu savoir comment les entreprises pensaient gérer la mobilité de leurs salariés dans les années à venir. Il ressort de cette étude que la mobilité est une réalité mal saisie. 

Spontanément, 72% des entreprises associent la mobilité à la seule mobilité professionnelle (changement de poste). Pourtant, la mobilité spatiale recouvre bien d’autres réalités qui pèsent lourd dans le quotidien des salariés : les déplacements domicile-travail, les voyages professionnels, les déménagements, etc. Et les enjeux qui en découlent sont importants : bien-être et efficacité des salariés, productivité de l’entreprise, environnement, etc. Il ressort que, pour l’instant, la gestion de ces déplacements ne constitue pas une priorité pour les entreprises. C’est sur la généralisation des outils numériques (télétravail et développement de modes de transport plus rapides et plus fréquents) que comptent surtout les RH pour gérer, demain, les déplacements des salariés voire pour s’y substituer.
  • en matière de déplacements domicile-travail, 53% des entreprises considèrent qu’une normalisation du télétravail contribuerait à un futur idéal, en supprimant la nécessité d’un lieu commun de travail, devant l’amélioration de l’offre de transport : 47%.
  • en matière de déplacements professionnels, 69% des entreprises ont plébiscité l’utilisation des outils numériques (conférence skype, vidéo conférence en 3D, invention et développement des hologrammes) comme alternative à la réunion physique. Ce choix arrive loin devant l’amélioration de l’offre de transport : 36%.
  • en matière de déplacements liés au travail impliquant un déménagement, pour 45% des entreprises, dans le futur, les déménagements liés au travail seront rendus inutiles grâce à la révolution numérique. Néanmoins, pour encore 42% d’entre elles, l’idéal serait d’encourager la bi-résidentialité de leurs salariés dans le futur au moyen d’une politique de logements d’entreprise.
Reste qu'une entreprise sur deux estime qu’elle ne sera pas en mesure de mettre en œuvre ces changements avant au moins 10 ans : 46% pour les déplacements domicile-travail, 44% pour les déplacements professionnels et même 70% pour les déménagements liés au travail.

53% des entreprises estiment que le télétravail constitue un outil intéressant pour limiter les déplacements domicile-travail. Ce serait même la solution à mettre en œuvre en priorité (34%), devant des solutions plus classiques comme « le remboursement des frais de transports en commun au-delà du minimum légal » (13%) ou « la mutualisation des véhicules motorisés de types covoiturage, autopartage » (12%).

Malgré cela, de nombreuses limites pratiques, juridiques et managériales sont mises en avant par les entreprises pionnières dans ce domaine : 
  • elles soulignent qu’une adoption massive du télétravail n’est pas possible. Le télétravail est présenté comme une solution idéale pour 1 ou 2 jours par semaine, au maximum. De plus, il n’est pas généralisable à tous les emplois, en particulier ceux nécessitant une présence physique (restauration, emplois ouvriers, services à la personne…). Le télétravail ne permet donc pas une disparition totale du lieu de travail centralisé ni des déplacements domicile/travail. Alors que plus de neuf entreprises sur dix déclarent avoir mis à disposition de leurs salariés des outils de communication pour mieux gérer les déplacements professionnels, les plus avancées soulignent que le problème réside avant tout dans leur appropriation et leur utilisation.
  • elles indiquent également que les questions juridiques qui entourent les conditions de télétravail (imputabilité des accidents de travail survenus au domicile du salarié, vérification de l’environnement de travail, gestion des questions de santé et équilibre vie professionnelle/vie privée), ne font pas encore l’objet d’une réglementation spécifique.
  • enfin, le télétravail remet en question l’organisation et la culture d’entreprise. Près d’une entreprise sur deux estime que la culture présentielle française est un obstacle au développement du travail à distance. Les managers redoutent la perte du collectif de travail pouvant entrainer une complexification de la gestion des salariés : nouvelles modalités de contrôle de la productivité, modification des relations de travail au sein de l’entreprise.
Les entreprises interrogées soulignent le paradoxe du télétravail entre plus de liberté et d’autonomie dans l’organisation de son travail par le salarié et l’accroissement du suivi et du contrôle que l’on pouvait avoir sur lui auparavant. "Alors que l’encadrement du télétravail est actuellement discuté par les partenaires sociaux suite à la loi El Khomri, notre étude invite à relativiser l’importance de cette nouvelle organisation du travail, indique Sylvie Landriève, co-directeur du Forum Vies Mobiles, think tank de la mobilité. En effet, les technologies numériques ne font et ne feront pas disparaitre la mobilité spatiale. Pour le Forum, les entreprises doivent se saisir de la question des déplacements de leurs salariés et de ses enjeux sociaux et environnementaux. Et le chemin est long ! L’enquête montre qu’aujourd’hui encore, 50% des entreprises admettent ne pas prendre en compte les risques de burn-out ou de problèmes familiaux liés aux déplacements répétés ou de longue durée, et seules 28% jugent important de réduire leur impact carbone lorsqu’elles mettent en place leur politique de déplacement professionnel".

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